
La "chanson pop hermaphrodite" de
Fannytastic
Rencontre avec cette bretonne qu'on a connu jadis flanquée de son accordéon, qui a ensuite "mué" à tous les sens du terme sans doute dans un élan plus rock. Et qu'on retrouve actuellement avec in Quatuor à cordes de toute beauté…
Tu es née 1977 en Bretagne, à Saint-Brieuc, pas loin de la mer. Dans un milieu musical ? Pas du tout. Mes parents ne sont pas de grands mélomanes. À la maison, j’ai pas eu la chance d’écouter des choses importantes. Ce n’est pas ce qui les intéressait le plus. Par contre, ils ont remarqué mon intérêt pour la musique très tôt. Et m’ont permis d’apprendre la musique. Ils ont fait venir un piano droit à la maison, ils ont fait cet effort-là. Apprentissage très classique donc. Je chantais beaucoup mais l’idée d’écrire mes propres chansons m’est venue tard, quand j’ai arrêté mes études classiques de piano. J’ai pu faire ça. C’était vers mes dix-huit dix-neuf ans, quand j’ai quitté ma famille pour mes études à Rennes. Là j’ai vraiment écrit des choses personnelles.
L’écriture, ça vient comment ? C’est très musical chez moi. J’écris rarement un texte sur une feuille sans un brin de musique. Ça ne m’arrive jamais, même. Je pars dans des rêveries, je commence à pianoter, même sans piano, à l’accordéon aussi beaucoup, je vais chanter… Du coup, ça vient en même temps. Après, je développe. Puis je me colle à l’écriture, de façon plus brute. Mais, au départ, j’ai vraiment besoin d’avoir de la musique pour faire jaillir les mots. Je ne suis pas quelqu’un qui écrit comme ça.
Il y a différentes phases dans ce que je connais de toi, la presque gouailleuse avec son accordéon, et d’autres étapes, et cette chanteuse avec des voix si différentes… C’est un sacré bazar !
On peut croire à deux chanteuses… Du coup, j’en suis là à essayer de relier un peu tout ça, tout ce parcours-là. Mon premier album était très chanson, très léger, c’est plus un disque de jeune fille, je n’avais pas cette voix grave, je pouvais chanter comme ça… Le deuxième, « Plusieurs », plus rock, avec cette voix grave qui arrive. C’est travaillé, mais pas tant que ça, c’était en m’amusant chez moi, en traversant des périodes difficiles… peut être un peu de distance à un moment donné, lâcher les choses un peu brutes en faisant beaucoup moins attention à plaire… En plus je m’amusais à faire des chœurs d’hommes, chez moi, à l’ordinateur. Quand on m’a demandé qui étaient ces hommes derrière, je me suis rendu compte de l’ambiguïté. J’ai eu la chance ensuite de faire une création, à Rennes, dans un petit cabaret de Rennes, dans un collectif d’artistes et développer un personnage de fantôme dont il subsiste encore une chanson aujourd’hui, « La Mariée ». Ce fantôme avait cette voix grave là, en lead. Osez faire cette création-là m’était plus facile parce que je faisais partie d’une troupe et je me suis lancé là-dedans.
C’est comme quand on se maquille… Oui. Et ensuite j’ai gardé ça et je l’ai rallié à mon projet personnel et j’ai mélangé tout ça. C’est pareil, sur les influences musicales on a des choses plus chanson, des choses plus pop, plus rock. Et le Quatuor à corde, qui est encore autre chose…
Les gens qui t’ont découvert tout au début, au siècle passé donc, ont dû être surpris. Oui, ça été assez étrange, pour ceux qui connaissaient. Certains n’ont pas compris que c’était moi. Maintenant je rencontre des gens qui aiment vraiment les deux, pour des raisons forcément très différentes, et acceptent ces deux côtés. Y’a même quelqu’un qui m’a demandé pourquoi je n’ai pas changé de nom quand j’ai sorti le deuxième album. Pis non, j’ai voulu assumer ce virage brutal. Aujourd’hui mon questionnement est de rassembler tout ça.
Ce qu’on perçoit en scène… Y’a un peu de tout ça. J’aimerais faire un album bientôt, faire en sorte de fluidifier tout ça.
Si on tentait de t’étiquetter… On aurait du mal, c’est ce qui est chouette mais pas évident non plus, parce qu’on est dans une époque où on a besoin de mettre les gens là ou là. La prise de risque, en musique aussi, devient de plus en plus difficile. Du coup, parfois je vais faire un festival plus chanson, parfois un festival plus rock, chaque fois je suis un peu étrangère là-dedans, comme un OVNI.
Tu adaptes en fonction des scènes ? Pas vraiment ! Sauf quand je suis vraiment dans une petite jauge chanson, là je vais calmer pour pas que les gens en prennent plein la tête. Mon format est pop, pas difficile d’accès, ça reste mélodique, des refrains, ça j’adore, j’y tiens. J’aime bien dire que je fais de la « chanson pop hermaphrodite », pour le mélange des genres, sexuels ou musicaux.
Ce quatuor est venu comment ? Et quel est son avenir ? C’est quelque chose que j’aurais jamais imaginé moi-même. Le milieu classique je connais. Benoît, la personne qui s’occupe de moi, savait que j’aimais beaucoup ça (je suis très fan de Bjork, qui a beaucoup travaillé avec des cordes) et a pris les contacts. J’ai eu la chance de travailler avec un quatuor de Rennes, des gens du conservatoire. Et on a monté tout ça avec la personne qui s’occupe du département « musiques actuelles » du conservatoire, qui s’est chargé de faire le lien et m’a trouvé des jeunes musiciens super, qui avaient envie de tenter l’expérience. Et on s’est lancé là-dedans, c’était il y a trois ans. J’ai donné les enregistrements de chansons qui existaient déjà : ils ont fait les arrangements pour cordes. Moi j’ai créé des nouvelles chansons aussi, directement pour ce quatuor à cordes, sans piano, sans rien. Ça m’a permis de re-connecter avec le milieu classique, le conservatoire, très sérieux. J’aime beaucoup cette discipline, ce côté sanctuaire du conservatoire. Récemment j’ai accompagné une musicienne à son examen, son DM, et elle a proposé un titre commun. J’étais morte de trouille, ça m’a rappelé des trucs. Mais c’est plaisant !
Surtout qu’en terme d’émotion, ça permet ouvrir à un autre public. Je ne sais pas trop. Tu veux dire des gens âgés ? (rires)
Ça peut inciter à aller sur d’autres lieux, pas bcbg non, mais différentes, Avec des publics qui ne viendraient jamais autrement… C’est vrai. Mais, pour l’instant on ne l’a pas fait beaucoup. On a fait par contre les Transmusicales de Rennes, avec le quatuor. Eux ont halluciné. Ce sont des jeunes gens qui vont très peu dans les salles rock, qui découvrent tout ça. C’était drôle de les emmener là !
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(photo Sauveur)
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