| MICHEL BÜHLER |
Les tribulations d'un chanteur suisseCliquez sur le mp3 pour entendre ![]() Sainte-Croix, dans le Jura vaudois. Un gros village suisse comme il y en a beaucoup, occupé par l'électronique, la mécanique de précision et l'élevage. C'est là que vit Michel Bühler, 65 ans. En fait à l'Auberson, à quatre kilomètres de là. Et à mille mètres d'altitude, pays d'en-haut, tout petit village spécialisé dans la fabrication de boîtes à musique, pas peu fier aussi de son musée de l'automate. Bühler, furtif instituteur, enseignant défroqué qui poursuit, d'une autre manière, pour un autre public, sa tâche d'éducation. Bühler est chanteur, un peu depuis toujours. Et professionnel depuis plus de quarante ans. 80% d'un jubilé, c'est pas rien. C'est en 1969 effectivement qu'il se consacre pleinement à la chanson. Il a déjà comme bagage un 45 tours, sorti chez Festival, produit par un Marouani. Bühler monte à Paris, accueilli par Jacques Serizier et Gilles Vigneault. C'est la fin des cabarets certes, mais le vivier associatif existe et l'espoir de lendemains qui chantent est vivace. La vie est à changer et l'on va si employer. Gilles Bleiveis est directeur des éditions Sibécar/L'Escargot chez qui Bühler signe. Beau catalogue qui réunit Vigneault, Djamel Allam, Beausoleil Broussard, Imago, François Bérenger, Jean-Pierre Alarcen et quelques autres du même tonneau, hors du trop traditionnel show-biz. Pas besoin alors de raser les Alpes pour voir et entendre Michel Bühler... L'avènement de la gauche en France fut, on s'en souvient, fatale à la chanson qui l'appelait de ses vœux. La chanson a tendu l'échelle que le nouveau pouvoir scie sans souci. La culture n'est plus une idée politique, c'est un métier avec son lot d'arrivistes, de bizness man de gauche, de médailles et autres colifichets. Les médias se défilent pour toujours, les grandes scènes vivront sans ces Bühler dont elles n'ont cure. L'Escargot fait faillite en 84-85. « Il faut réduire la voilure, presque repartir à zéro » Reprendre son bâton de quasi pèlerin, bien souvent seul, parfois avec un musicien ou deux. Ça fait un quart de siècle désormais que Bühler chemine. L'alchimie chantée du Bühler de maintenant est celle de ses débuts, la colère cédant souvent le pas à la pure tendresse à moins que ce ne soit le contraire. Et l'humour. Bühler ne sait faire mieux que des portraits de gens, souvent d'humble condition. Et de filles et de femmes belles dans le regard : ça se sent jusque dans les chansons. En cela il est un formidable photographe, à l'égal des grands. Depuis longtemps les lendemains ne chantent plus, à tous les sens du terme. Lui, Bühler, et pas mal d'autres artistes de sa trempe, sont entrés en résistance, dans le maquis des vers. Quand ils passe à la radio, c'est qu'un artiste est mort. Alors on leur tend le micro, comme pour Ferrat récemment. Ça fait quarante ans et des poussières que Bühler chante, qu'il rentre dans le lard du libéralisme, qu'il valorise les humbles, qu'il chante les évidences que l'on sait, que l'on tait. C'est un « ringard » pour les prétendus modernes, ceux dont la seule ambition est la Rolex. Mais il chante, persuadé qu'il est que la chanson est un lieu de rencontre. Et que c'est important. Aux vers soigneusement écrits, Bühler ajoute de temps à autres de plus longs métrages d'écriture : livres ou pièces de théâtre. Il fait son métier d'auteur, d'artiste, parfois mêlant son art à celui d'autres, comme avec Sarcloret pour un spectacle hommage (et un disque/dévédé) sur Jean Villard Gilles. La voix s'éraille quelque peu, c'est vrai, mais est toujours grande et belle. Elle est encore et pour longtemps absolue nécessité, ne serait-ce que pour témoigner. Pour aujourd'hui et pour les générations futures, pour acter de ces temps anciens de générosité. Et de comment on a tout détruit, l'art de vivre comme le travail des hommes, en somme une solide idée du bonheur. ![]() Les plus récents disques de Bühler : - Chansons têtues (2004) - Passant (2008) - Les Trois Cloches : hommage à Jean Villard-Gilles, avec Sarcloret et Gaspard Glaus (2008) - Voyageur, enregistrement public (2009) (photos Robert Dubost)haut de page |