| Le Fil, à Saint-Étienne |
La salle des musiques actuelles qui a longtemps fait défaut aux stéphanois est un réel succès.Depuis toujours on en parlait, des projets s’échafaudaient sans jamais voir venir. Par défaut, on avait logé le rock et autres musiques amplifiées dans un hall de rangement du parc des expositions. Avec des tentures pour masquer l’incurie et des algécos pour loges, ça faisait… La précarité dura plus d’une décennie. Les esprits perfides diront qu’il aura fallu l’approche des dernières municipales pour voir surgir de terre à la fois un Zénith (« le plus beau de tous » jusqu’au prochain) et, à quelques centaines de mètres du temple « culturel », une salle plus modeste dédiée aux musiques actuelles : une SMAC (Scène de Musiques Actuelles) qui faisait tant défaut. Et, de fait, nombre de concerts, voire même des pans entiers de la musique, qui n’avaient rien pour se loger ici, retrouvent droit de cité. Saint-Étienne se pare à nouveau de toutes les musiques. La salle se nomme Le Fil et est gérée, cas à ce jour inédit dans l’Hexagone pour une délégation de services publics, par un collectif (La Limace, pour désigner l’association Ligérienne de musiques actuelles) d’une vingtaine structures (associations, sarl, scop, collectifs d’artistes, etc.) et d’une poignée de particuliers, somme de compétences, d’énergies et de désirs qui cohabitent en une maison commune : « Il s‘agit de capitaliser des valeurs et de jouer sur une dynamique d’échanges et de circulation entre local et global participant ainsi au rayonnement culturel de la ville. Tout le projet culturel se construit sur cet équilibre, sur une économie de réciprocité, un principe de partenariat, de complémentarités et de collaborations » lit-on dans le projet du FIL. Les missions conférées à cet équipement (comprenant deux salles, l’une d’un maximum de 1200 places, l’autre de 250, ainsi que quatre studios de travail dont un d’enregistrement) sont multiples. Il s’agit « d’inscrire et rendre accessible l’ensemble des pratiques issues du champ des musiques actuelles dans le bassin stéphanois ». Ça suppose la diffusion certes, qui prône tant la qualité que l’émergence et la découverte d’artistes, mais aussi la création, la formation et l’accompagnement artistique (26 résidences et 2 créations dès la première année), des actions pédagogiques et la création de liens inter-structures… C’est ici que, suite à une résidence de Dyonisos, Olivia Ruiz a fait le choix de se produire dès son dernier album paru. Pour autant, les nombreux concerts à l’affiche ne sont vraiment que la partie immergée de l’iceberg, de ce navire-amiral qui, malgré son volontarisme, n’est que l’outil d’une politique désormais ambitieuse, nécessaire autant qu’attendue. Tant que le Fil est d’emblée un succès dans toutes ses missions. Avec 41 000 usagers et spectateurs sur la première année d’activité (en fait guère plus que neuf mois) pour un objectif initial de 25 000, la barre est placée haute, stimulée il est vrai par la personnalité et le dynamisme de son directeur, Olivier Colin, ancien cadre de l’éducation populaire. Le Fil comprend onze salariés. Question programmation, 40% de celle-ci est en coproduction avec le tissu local, 60% est issue de découvertes et 40% de Rhône-Alpes. Pour rester dans le domaine des chiffres, le budget est d’1,2 million d’euros dont 45% d’auto-financement, ce qui est assez remarquable compte tenu de l’étendue de ses missions de services publics dont la plupart ne supposent pas de recettes. Salle idyllique ? Peut-être. Sauf que la chanson « d’auteur », de plus en plus absente sur la ville, n’y trouve que rarement place. La faute au Fil ? Pas vraiment : car cette chanson n’a plus vraiment de promoteurs ici. Depuis que la salle Jeanne-d’Arc n’organise plus de concerts en propre, se bornant à la location de sa salle et à l’organisation du festival Paroles et Musiques, la chanson est devenue le parent pauvre de la ville. Et, comme aux temps héroïques, c’est une MJC, celle du quartier de Beaulieu, qui s’est retrouvé des élans en ce sens. Fil, 20 boulevard Thiers, 42000 Saint-Étienne. Tél : 04 77 34 46 40 ; http://www.le-fil.com |