| JEAN-MAX BRUA |
Le chant d'un homme lucideJe vais rendre hommage à Jean-Max Brua (mort en 1999) en vous parlant de ses deux premiers disques 33 tours, sortis en 1969 et 1971, devenus introuvables et non réédités en CD (les maisons de disques n'en ont pas donné l'autorisation à son fils, qui n'a pu ressortir sur un unique CD (en 2006) que partiellement ses troisième et quatrième LP, avec trois inédits en prime et un hommage de Jean Vasca. Gilles Elbaz y reprend aussi à la fin Le Chant des partisans) Ces deux 33 tours sont des petites merveilles d'écritures et d'atmosphère. Le premier est produit par Mouloudji et présenté ainsi par Colette Magny : "Un vrai chant d'homme, lucide, blessé, prêt encore à mordre... Le chant d'un homme de la cité, le chant d'un citoyen de la terre... qui se refuse à chanter La Rose parce qu'"ils sont millions que le feu brûle". Ses chansons sont très engagées mais non pesantes, révélant comme peu à l'époque les mécanismes et l'exploitation du capitalisme sauvage : Bateaux ...Compagnies, La Grille (inspirée du roman de Roger Vailland 325 000 francs) qu'a repris ensuite superbement Marc Ogeret, Les Nécrophages (Van Gogh) sur les exploiteurs des oeuvres d'artistes morts... Il y chante aussi Che Guevara qui venait d'être assassiné en Bolivie.Dans le second 33 tours, son meilleur pour moi, l'accompagnement musical, de grande qualité, est fait par des membres de Magma, ce qui en fait un disque très recherché par les amateurs du groupe, étant, avec Elbaz (dans son premier 33 tours) le seul chanteur à avoir bénéficié de leur concours. Tout le disque est très réussi, le son n'a pas vieilli et s'écoute avec toujours autant de plaisir, prés de 40 ans après sa sortie, beaucoup de subtilité musicale, portant bien l'atmosphère poétique et engagée des chansons. Il contient sa chanson la plus emblématique 200 mètres (Mexico 68) sur la fameuse finale du 200 m de Mexico, où deux sprinteurs noirs Américains Tommie Smith et John Carlos ont levé le poing ganté de noir, en gardant la tête couverte et baissée sur le podium.des jeux olympiques, pendant que résonnait l'hymne des USA, pour protester contre la ségrégation raciale de leur pays. Francesca Solleville l'a reprise, et en a fait un des titres les plus marquants de son répertoire scénique. Mais là où, pour moi, il est le plus original et intemporel, c'est dans les chansons aux images plus intérieures et poétiques : J'y pense parfois, n'en parlons plus, Il faut toujours qu'un autre veille, Le chagrin, La complainte de la Jeanne-Marie... Une poésie qu'il aimait moins mettre en valeur : Jacques Vassal, après une interview ,l'avait entendu interpréter en privé une superbe chanson dans ce registre, s'étonnant qu'il ne la mette pas sur un disque, Brua lui a répondu qu'il y privilégiait les chansons engagées.Il faisait partie d'une bande de jeunes ACI dans les années fin 60 et 70, comprenant Jacques Bertin, Jean-Luc Juvin, Gilles Elbaz, Jean Vasca, Luc Romann, François Imbert et Françoise Moreau... qui chantaient dans les mêmes cabarets de la rive gauche à Paris (où je les ai vus à l'époque). Ils ont apportés un souffle nouveau dans ce style musical qui s'essouflait un peu, avant de passer à de plus grandes scènes, comme celles des premiers Printemps de Bourges, où ils ont trouvés leur public, avant le ressac des années 80 qu'a connu ce type de chanson. ANDRÉ MORISON. Rubrique réalisé par André Morison, disquaire à Lyon. "Art Disques", 12 place Gabriel-Rambaud, 69001 Lyon. http://artdisques.com ; Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. |