| NUMERO 5 : Presse Chanson : LA PEUR DU VIDE |
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Dans le grand silence, Il y a un an paraissait ce qui, on ne le savait pas encore, serait le dernier, l’ultime numéro de la revue Chorus-Les Cahiers de la chanson, que d'aucuns tenaient pour bible dans la chanson. Par sécurité, pour la pérennité appelée de ses vœux, Chorus venait de s'offrir à un petit groupe de presse très ancré dans le milieu du spectacle. On sait ce qu'il en est advenu : quatre numéros et puis s'en va sans prévenir, sans même crier gare, nous laissant tous, lecteurs, artistes comme rédacteurs, sur le flanc, sur le cul. Vingt années après son ancêtre Paroles et Musiques, alors vendu à Jean-François Kahn, à défaut d’un scénario en tous points identique, le résultat était le même. Peu de temps auparavant avait disparu, dans un grand silence, Une autre chanson, le trimestriel belge de la chanson. ![]() Comme d’autres titres avant eux, cimetière de bonnes intentions qui jamais n’ont trouvé un lectorat suffisant. Alors que la chanson est sans doute l’expression artistique la mieux partagée (qui n’allume la radio chaque jour ?), pas un magazine digne de ce nom ne peut se targuer de cette thématique alors que rien ne semble échapper aux magazines voulant faire bonne impression : tarot ou tricot, aviron ou pokémon, nudité comme mots fléchés. Que (nous) reste-t-il ? Rien ! Rien qui puisse nous informer de comment vit et survit la chanson dans ce milieu hostile qu’est ce monde d’aujourd’hui. Oh, je sais bien, reste encore ce « bimestriel indépendant de la chanson francophone actuelle » qu’est FrancoFans. Mais aux articles indigents, truffés d’erreurs, copies dignes de cours moyen, très moyen : cela donne-t-il envie de vraiment découvrir ? Car, pour écrire sur la chanson, encore faudrait-il connaître un peu de la chanson, de sa réalité, de ses racines. La rubrique disques du numéro actuellement en kiosque est à ce titre un exemple, un monument d’erreurs qui prouvent une totale méconnaissance des sujets traités. Le reste est au triste unisson… Parlons radios et télés, parlons presse généraliste : c’est parce que ces médias-là ont tourné le dos à la chanson, du moins à son artisanat, qu’ils en parlent moins et moins bien qu’avant, qu’il y a l’absolue nécessité d’une presse qui nous informe de l’actualité des artistes, de la vie du disque, de l’imminence des concerts. Y-a-t’il encore une espace où, hors Star Ac’ et Nouvelle Star, hors Drucker (je sais, c’est relatif…) on peut encore nous parler chanson ? C'est visiblement sur votre ordinateur que la résistance tisse sa toile. Les anciens de Chorus s'y mettent les uns après les autres, rejoignant ainsi les précurseurs que furent Bertrand Dicale et Daniel Pantchenko (deux blogs actuellement en presque jachère, cause aux projets éditoriaux des sus-nommés) : Fred Hidalgo, Jean Théfaine, Olivier Horner, Jean-Claude Demari, Albert Weber, Philippe Richard et Michel Troadec, et moi-même. Jean-Baptiste Vignol, les chanteurs Serge Llado, François Corbier, Kent, Éric La Blanche, Pierre Delorme et quelques autres, fortes et belles plumes y parlent chanson, eux-aussi (on retrouve la liste, forcément incomplète et perfectible, dans notre page « liens »). Mais la toile est infinie, qui ressemble au plan de Tokyo, de New York ou de Mexico, aux ramifications et méandres multiples. Sans rien pour s’y guider. Pour qui ne dispose pas d’adresse, de tuyaux, il est possible de s’y perdre. La toile est un immense bordel où l'innommable côtoie le pertinent, où chacun croit venue son heure de gloire en créant son blog, jouant les PPDA du clavier, jalousant Morandini et sa p'tite entreprise d’absolue crétinisation. Mano Solo a l’idée de mourir et c’est dans la seconde dix-mille blogueurs, zélés journalistes autoproclamés qui vont y aller de deux trois larmes de crocodile, d’un bon mot et de poncifs que tout le monde aura fait, d’une insipide touche biographique, de deux autres convenues. Uniformité, ennui… Le nombre n’est pas diversité et ce sera, à deux ponctuations près, les mêmes infos copiées-collées. Chercher la différence au bout de sa souris est alors affaire de chance ou de patience. Une signalétique serait la bienvenue pour trier le bon grain de l'ivraie. C'est dire si, ici, j'ai envie de saluer Yves Le Pape, un passionné de chanson du Rhône, retraité (et par ailleurs correspondant local de presse), qui a eu la bonne idée de créer ce qu’on pourrait nommer le site des sites. Pour vous, pour nous, il creuse les sillons d’internet pour s’en aller dénicher le meilleur, le sérieux des blogs, webzines et autres sites chanson. C’est de franche utilité publique. D’autant que le bonhomme s’y connaît question chanson, qu’autour d’un demi et de quelques cacahuètes on peut alimenter avec lui d’interminables conversations, qui sur Leprest, qui sur Olivia Ruiz, sur la prose d’un Pantchenko ou sur la juste focale d’un Françis Vernhet. L’homme est intarissable et sa petite œuvre digne d’un ingénieur des ponts et chaussées : simplement planter quelques poteaux indicateurs. On en a besoin. Dans un monde où la chanson reprend de fait le maquis pour simplement exister, quelques potes et une poignée de poteaux sont les bienvenus pour nous éviter de trop longues errances. Faites passer le message, faites connaître tous ces sites, et ce site des sites que je cite : la chanson vous le rendra bien ! Le site d'Yves Le Pape : http://chansonfrancaise.hautetfort.com/ |