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L’entretien avec Jean Ferrat
Serge Fléchet
Fichu métier que celui de bénévole ! Et pourtant… Même si le spectacle vivant s’est professionnalisé de façon spectaculaire ces trente dernières années, il existe encore des gens qui sue sang et eau pour faire vivre leur passion chanson.

Imaginez une saison culturelle des plus honorable, dans une petite commune des Monts du Lyonnais. 333 habitants, en dehors de tout, à quelques kilomètres de Chazelles-sur-Lyon, la ville du chapeau. Humour, théâtre et chanson, la saison de Viricelles a tout d’une grande. Surtout quand on regarde le programme. Intéressons-nous à cette chanson-là. En début de ce mois de mars, l’association Vibre Vanz invitait, en un set de deux soirées, Frédéric Bobin, Jacques Bertin, Michel Grange, Laurent Berger et Rémo Gary. Qui peut faire mieux ? Le générique de Viricelles est impressionnant : Gérard Pierron, Yves Matrat, Hervé Lapalud, Morice Benin, Serge Utgé-Royo, Gérard Morel, Entre 2 Caisses, Bruno Brel, Michel Bühler, Céline Caussimon, Claudine Lebègue, André Bonhomme, Xavier Lacouture, Michel Arbatz, Gilbert Laffaille, Pain d’épices, Jehan, Bernard Joyet, Francesca Solleville, Sarclo et d’autres encore, qui peut dire mieux ? Viricelles est l’un des plus sûr refuges de la chanson. Le monsieur chanson de cette petite assoc’ se nomme Serge Féchet, grande mèche brune qui balaie une calvitie grandissante, professeur de français et fou de chanson et de l’image. On le connaît d’ailleurs pour des expos de ses clichés sur Ferré et quelques autres de même goût.

 

« Je suis un peu à l’origine de tous ces souvenirs, je les aime tous, en amont comme en aval, à la 3e mi-temps aussi » dit-il simplement : « Moi c’est une passion chanson avant tout. Une certaine chanson, qui commence, peu à peu, à trouver sa clientèle… »

Quand la famille Féchet emménage à Viricelles, l’association VibreVan’z existe déjà mais pour un tout autre objet : l’animation d’un sentier botanique et de constructions en pisé. L’action culturelle viendra ensuite. Et on sait ce qu’elle peut produire…

Pas de subventions ici, même la salle de la commune est louée. L’essentiel du budget vient de la fête de l’épouvantail que Serge et les siens organisent quand vient le mois d’août. C’est ça qui finance en partie cette saison culturelle. Le reste vient du public. C’est dire si la tentation de faire populaire et populeux serait bonne pour les comptes du trésorier. Que nenni ! Ces illuminés font dans le « vu nulle part ailleurs et surtout pas à la télé », quelque chose de très pointu. Pas qu’un seul artiste par soirée, non. Deux ou trois, deux soirs de suite, pour un public qu’il faut tenter de mobiliser à chaque fois, avec une information de plus en plus difficile. Car la presse locale s’en fout. Une star qui bourre le Zénith ça flatte le lectorat ; des chanteurs rive-gauche en pleine cambrousse, c’est moins vendeur.

 

« Un spectacle ça commence le mercredi soir, quand on va cherchez le podium de la commune, par tous les temps. Il faut le hisser par une côte casse-coup pour rejoindre la salle. Puis tout monter comme un meccano. On n’est souvent que quatre. Le jeudi, Olivier vient passer la nuit pour installer ses lumières. Et, le vendredi matin, c’est Félix qui, à son tour, installe les pendrions, les coulisses. Car, avant qu’on l’investisse, la salle est parfaitement vide. » Bénévole c’est donc tout faire. S’assurer des contacts, de la bonne réalisation de la fiche technique, trouver des collaborateurs, engager au besoin des techniciens, véhiculer l’info, faire les comptes, tout… C’est risquer aussi ses propres sous quand la soirée n’a pas été bonne et que le banquier ne connaît pas particulièrement la chanson. Tout ça pour faire vivre une passion, pour la satisfaction du bonheur prodigué, pour le contact forcément un peu privilégié avec l’artiste. Pour le plaisir, pas pour la gloire. Jamais personne au sortir de la salle ne demande une dédicace à l’organisateur. « Oui, mais le contact est formidable et, chaque fois, les gens nous remercient. »

Les artistes couchent tous chez Fernand et Maguy. Tous s’en souviennent. Ainsi Francesca Solleville et Nathalie Fortin et leur petite poire à 3 heures du matin. Il y a de ces anecdotes qui restent pour la vie… C’est dans ce même gîte, Le Feuilla, que Morice Benin enregistra une maquette. Et où Didier Porte s’exclamera : « Ça fait du bien de dormir dans une maison où le Front national a fait zéro pour cent ! »

Des souvenirs, à la pelle sans doute. Comme Bühler, fier de son savoir, expliquant aux organisateurs comment fonctionne une tireuse à bières… Souvent les artistes restent longtemps à table après le spectacle, après le repas, et de nouveau sortent leurs guitares. Comme Laffaille faisant le bœuf avec Szymanski ; comme, il y a peu, Gary, Grange et Berger ensemble, avec Sarzier à la clarinette basse…

S’il est une déception, toute relative mais quand même, de Serge Féchet, c’est que jamais personne ne vient du village même : « Nous drainons beaucoup de monde des Monts du Lyonnais, un peu du Forez, de Saint-Étienne. Les gens de la plaine ne viennent pas : ce n’est pas dans les mœurs, pas dans la tradition. Et nous n’avons jamais personne de Viricelles même. Jamais personne ne m’en parle. C’est peut-être bien de prêcher dans le désert… »
  fin article

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