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CLAUDINE LEBÈGUE

CLAUDINE LEBÈGUE

La belle, la rebelle, l’Amazone...


Si son dernier opus discographique, Des roses et Roger, remonte à il y a huit ans déjà, ne croyez pas que Claudine Lebègue soit en panne de créativité. Après sa très érotique Collection privée qui titille tétons et chatouille toisons, on l’a retrouvée en juillet dernier, au off d’Avignon, en d’autres zones. Dans le très autobiographique A ma zone précisément. Belle occasion de faire le point.

J’ai toujours les spectacles que je jouait auparavant, Collection privée ainsi que mes propres chansons, sous le titre Des roses et Roger. Et A ma zone donc. Je les propose tous les trois.

A ma zone, ça nous parle de quoi ?

C'est un spectacle un peu atypique que j’ai sous-titré « slam musette pour mélomane de HLM ». Mais ce n’est ni du slam, ni de la musette…

Ni du HLM ?

C’est pas du HLM, non, c’est moi ! C’est ce qui m’a constitué, ce qui fait mon essence, ma naissance. Je raconte ma vie très simplement, avec quelque chose d’assez sophistiqué. J’ai une bande son, si on peut dire, un univers sonore qui est en route du début à la fin du spectacle, comme une seule et même partition. Anne Sylvestre est venue me voir cet été et m’a dit « Je te défends d’appeler ça une bande-son, c’est beaucoup trop beau, c’est un décor musical ! » Un décor sonore très important…

Sur scène tu es seule ?

Toute seule, oui, avec des bidons que j’ai choisi pour leur sonorité et pour ce qu’ils évoquent aussi. Voilà, c’est un décor très dénudé, quatre vieux bidons tout rouillés sur lesquels je frappe.

Comme ceux des Tambours du Bronx…

Oui, c’est des trucs des années 70, 80, qui sont assez jolis à voir, de gros bidons industriels

Et cette bande-son, qui n’en est pas une, fait environnement sonore…

Oui, quasiment du début à la fin. Ça a demandé un travail très particulier. En plus de cette bande, en plus des bidons, je joue aussi de l’accordéon… c’est très métallique comme univers, très urbain,. Ça raconte ma vie en banlieue dans les années soixante…

Cette histoire-là a débutée avec un livre que j’ai commencé à écrire il y a un an et demi. Je comptais juste y raconter ma vie pour mes proches et je me suis rendu compte de plein de choses : que le HLM dans lequel j’ai vécu est né en même temps que moi, que ma ville est née en même temps que ma mère… Ça m’a plu. C’est la façon que j’ai choisi pour raconter mes merveilleux souvenirs de HLM. On n’avait jamais pensé à évoquer la naissance des HLM.

 

Nos lecteurs étant par nature curieux, c’est la ville de…

Villeneuve-la-Garenne, dans les Hauts de Seine, le 92, une des banlieue les plus difficiles, dont on ne parle que quand il se passe des coups durs…

Tu veux dire le 9.2 ?

Oui, le 9 mètres carré ! C’est une banlieue dont j’ai eu honte tout le long de ma vie. Quand on me demandait où je suis née, je disais « en région parisienne », je ne parlais même pas de banlieue, ça noyait le poisson. Pour dire « je suis née à Villeneune-la-Garenne » il m’a fallu ce bouquin. Et je commence donc mon spectacle en disant d’où je suis native et en disant « Il s’est passé de belles choses, de belles rencontres… » Ça a correspondu à l’arrivée des immigrés, à la fin de la guerre d’Algérie ; c’est pour ça que ces HLM ont été construits. C’était dans les années 58, 60. Ça veut dire beaucoup de choses dans la vie d’aujourd’hui, dans la vie de ces cités. Je n’apporte qu’un témoignage, que mes souvenirs. Et le regard que j’ai, aujourd’hui, avec la distance. Ma mère habite toujours là-bas, je vais la voir. Cette banlieue dont je n’étais pas fière je me suis rendue compte que c’est là que sont nés le hip-hop et des slameurs comme Grand Corps malade, de belles choses artistiques, culturelles, dans cette misère-là.

Il y a le livre. Le spectacle est une suite, une prolongation, un appendice ?

C’est une interprétation, spectaculaire on va dire, de ce livre qui a été l’inspiration de départ. Un livre que je ne pensais même pas éditer. Il se trouve qu’il va sortir à la rentrée. C’est un ouvrage personnel dont j’ai voulu faire un spectacle. Mais comment faire ? C’est pour cela que j’ai appelé ça aussi Slam parce que, ça a beau être musical tout le temps, il y a qu’il y a beaucoup de moments où je parle, je raconte des souvenirs, des fois très intimes, des fois plus généraux ; il y a des moments où je chante, où je joue des personnages de mon enfance, de ma cité… C’est une interprétation. C’est autre chose que le livre, mais c’est bien la même histoire qui est racontée, simplement pas de la même façon. Ça ne met pas l’accent sur les mêmes choses.

C’est autobiographique ?

Ben oui, on va dire.

Comme jamais un spectacle de Lebègue ne l’a été…

Oh, faut pas dire ça ! A part Collection privée qui n’est composé que de chansons de reprise, tous les spectacles que j’ai fait avant…

Collection privée n’a vraiment rien d’autobiographique ?

(rires) Ah bah, si. D’ailleurs quand je l’ai joué la dernière fois, un monsieur est venu me voir à la fin, pour me dire : « Pour chanter des choses comme ça, vous avez dû en faire dans votre vie ! » Je lui ai dit : « C’est surtout que j’ai eu envie de faire ça. » Il n’arrêtait pas et revenait me voir en me demandant « Alors quelle chanson exactement vous avez vraiment vécu ? » Tu as raison, mes spectacles sont tous autobiographiques. Avec plus ou moins de distance cependant, et avec un certain positionnement en scène. Tandis que là, A ma zone, c’est frontal, je m’adresse au public, je le tutoie. D’ailleurs je l’accueille, je rentre en contact, je lui montre des photos de mon enfance, des photos de la tombe de mon père…

Des photos projetées ?

Non, à l’entrée de la salle j’offre des photos aux gens ; ils repartent avec. Mon père était photographe et je suis née dans son studio de prises de vues. Ma vie commence comme ça, je commence mon spectacle comme ça. Y’a des photos de banlieues hallucinantes. Des photos parfois super moches. Je leur parle de ces photos, je leur raconte, ils en rient. Et à la fin repartent avec, tu leur retires pas la photo ! Et ils demandent aux voisins, aux autres, ce qu’ils ont eu. Celui qui a eu le terrain vague pourri, ou les fils de fer barbelés… Au départ je leur dis « T’as vu comme c’est beau ! » alors que c’est tout moche. Mon objectif c’est qu’à la fin ils se disent « Ouais, elle est belle sa banlieue ! » Ça marche souvent.

Ce spectacle est fait pour aller un peu partout, mais quand tu vas en banlieue…

Mes avant-premières je les ai toutes faites à la campagne, une fois en plein champ même, dans des petits bleds comme Burdignes avec des gens qui, au sortir de leur tracteur, viennent me voir en scène. Et se reconnaissaient parce qu’au-delà des mots, des lieux, ça leur parle. Encore faut-il avoir vu ce spectacle… Les programmateurs me disent « Venir en banlieue pour parler de banlieue, ça ne nous intéresse pas. » Et ceux de la campagne me disent « Chez moi les gens vivent au milieu des vaches, vous aller leur parler d’un truc qui ne les intéresse pas. » Comme si, quand on élève des vaches, on ne peut parler que de vaches… Il ne faut surtout pas parler de ce qui se passe ailleurs. Ce spectacle est très difficile à vendre parce que chacun est frileux.

Mais quand les programmateurs font leur métier, à savoir la démarche de venir, alors là, çà marche !

Oui ! Ça marche aussi quand les programmateurs vont plus loin que ce qu’ils imaginent être les seules préoccupations de leur public. D’autant que les gens transposent dans leur vie, on le sait.

Oui,d’autant plus que la télé abolie toutes les frontières…

Oui, mais là c’est même pas ça, mon spectacle c’est un témoignage. C’est quelqu’un qui dit « Je viens de là, chez moi ça c’est passé comme ça. Voilà comment je vous apporte ma sensibilité, mon regard. » C’est même pas la télé, c’est quelqu’un qui passe avec son barda. C’est le conteur. Le propre du conte et du spectacle, du récit, c’est le voyage. Te renvoyer en retour que ça ne concerne pas ton public parce qu’ils ne vivent pas là-dedans ne veut strictement rien dire. C’est une réponse d’une pauvreté…

Et en parallèle d’A ma zone

Il y a mes autres spectacles. Et ma vie de comédienne, qui est importante. Je suis restée fidèle à une compagnie, Le Voyageur debout, la seule avec qui je tourne. C’est même moi qui ai donné le nom à cette compagnie. J’en suis restée très proche, j’ai toujours travaillé avec eux. Au gré des créations, j’y suis soit compositeur, soit actrice. Deux pièces tournent actuellement. L’une, qui existe depuis le début de la compagnie, Le Bateau de papier : on en est presque à 400 représentations, c’est une rente de situation, une poule aux œufs d’or. Et Dany Bar, une tragédie musicale de comptoir, où j’incarne une vieille habituée de bistrots. Je fais ici et là quelques mises en scènes, quelques regards extérieurs. Et il y a donc ce bouquin qui sort en octobre, aux éditions de la Passe du vent. Tant qu’un livre n’est pas sur la presse il n’est pas finit. Il me prend donc beaucoup de temps dans ma tête de créatrice. Un livre ça te ronge, c’est pas comme une chanson, c’est beaucoup plus long. Un jour ce livre va sortir, me quitter, je vais m’en débarrasser. J’ai hâte de ce cordon qui va se couper, parce qu’il m’encombre. Une chanson, c’est pareil, elle te ronge jusqu’au jour où tu la donnes pour la première fois. Là, elle naît.

C’en sera fini du livre ?

En fait, celui-ci s’arrête à mes dix-huit ans. Et, comme je l’ai signifié à mon éditeur, j’ai trois fois dix-huit ans. Il m’a répondu « Ça veut dire que t’as deux autres livres en cours ? »

Et alors ?

Ben oui, y’en aura deux autres.


Propos recueillis par Michel Kemper.

  fin article

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