« Pas de chanson aujourd’hui »

Y’a-t-il quelque chose à sauver en ce foutu pays de France ? Les nouvelles tombent dans le poste et sur les écrans comme à Gravelotte. Ici des sondages pipés, rémunérés, dont les résultats même gonflés deviennent sur le champ sinistre réalité, glacial avenir. À qui le crime profite ? Là un citoyen pas si lambda que ça et quelques de ses comparses qui attendront encore six mois, peut être plus, peut être toujours, le procès auquel il serait justice qu’ils aient droit, pour d’urgentes questions de procédures que seuls d’onéreux avocats peuvent se payer. La morale s’en balance : d’un côté des pauvres plus encore condamnés par l’injustice ; de l’autre des riches sauvés de justesse de la justice… Où va le monde ? Là encore des dirigeants, dignes représentants de notre pays, qui courent après le plus nauséabond des populisme, quitte à se renier, se traîner eux-mêmes dans la boue, dans l’ignominie, pour grappiller quels misérables et sordides voix… Ce président tout petit qui montre ses gros muscles nucléaires, les meilleurs et les plus beaux, les moins-radioactifs-que-moi-tu-meurs. Et les affaires, les petits arrangements entre amis, la diplomatie anéantie, ridiculisée pour longtemps, des hommes qu’on place non pour diriger un pays, le faire avancer, progresser même, mais pour tenir des barricades, se survivre, prendre aux pauvres pour distribuer aux riches… Triste, triste, prétentieux et piteux pays vraiment. Moral en berne, plombé comme rarement. Comme chanterait Pierre Perret : « Je n’écrirais pas d’chanson aujourd’hui / Non pas d’refrains polissons mes amis / Mon sujet s’envole dans l’air aujourd’hui / Et je voudrais dire tant et tant (…) Non je vous f’rais pas d’chanson mes loulous / Vous voyez aucun sujet ne vaut l’coup. »
Sauf que même notre Pierrot fait sa lune des mauvais jours, bat tambour et instruit pitoyable procès contre une journaliste qui a osé mettre en doute une infime partie de son passé, celle qui le veut et le voit copain comme cochon avec Léautaud. Eu égard à son œuvre, à sa ribambelle de belles et bonnes chansons, j’aimerai garder un bon souvenir du Perret. Le pot aux roses nous cachait un aigri, un grincheux. Le procès sera à suivre à compter du 22 mars, à moins que, là aussi, une question de procédure, forcément urgente, ne passe d’abord par le Conseil constitutionnel…
Quant on voit s’agiter le lamentable microcosme de notre pays – comparé à ce monde qui d’un peu partout, et pas loin d’ici, se bat fièrement pour changer la vie –, on a envie de trouver refuge dans un ailleurs plus confortable. Dans la chanson pourquoi pas… Ah ! « Douce France » ! Manque de bol, même ça est annexé, capturé, réquisitionné, presque volé, transformé en communication d’un instant, histoire de distraire l’électeur. Carla, la voix de son maître, nous la chante, comme si, du haut de sa superbe, entre les ors de leur constitutionnelle monarchie, elle savait encore que qu’est notre « Douce France ». En désespoir, paradoxalement en espoir aussi, nous reste celle de Ferrat :
De plaines en forêts de vallons en collines Du printemps qui va naître à tes mortes saisons De ce que j'ai vécu à ce que j'imagine Je n'en finirais pas d'écrire ta chanson Ma France
Au grand soleil d'été qui courbe la Provence Des genêts de Bretagne aux bruyères d'Ardèche Quelque chose dans l'air a cette transparence Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche Ma France
Cet air de liberté au-delà des frontières Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige Elle répond toujours du nom de Robespierre Ma France
(…)
Picasso tient le monde au bout de sa palette Des lèvres d'Éluard s'envolent des colombes Ils n'en finissent pas tes artistes prophètes De dire qu'il est temps que le malheur succombe Ma France
(…)
Leurs voix se multiplient à n'en plus faire Qu'elle monte des mines, descende des collines Celle qui chante en moi la belle la rebelle Elle tient l'avenir, serré dans ses mains fines Celle de trente-six à soixante-huit chandelles Ma France
(Ma France, Jean Ferrat)
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