LA PRESQU'ILE, ANNONAY
De mémoire d'autochtone, ce fut, il y a longtemps, un cinéma. Louis de Funès, Gabin en cheminot puis, avec Delon, en malfrat, les westerns et les péplums sur le grand écran de nos souvenirs panoramiques. Au fond de la salle, dans le noir, quelques bécots échangés… Vint un jour la dernière séance et le repli tranquille chacun dans son home à soi, avec sa télé à deux chaînes. Longtemps, ce cinéma fut oublié, rangé dans le passé. Vingt ans exactement, jusqu'à ce projet de création de parking, à cet endroit, en lieu et place du cinoch, et ce réflexe salutaire d'une poignée d'amis qui se saignent aux quatre veines pour racheter le lieu et en faire de nouveau un bien commun, un lieu actif du spectacle vivant. L'histoire est belle ; elle est surtout exemplaire, comme le fut, les années suivantes, la lutte de tous les instants pour que vive La Presqu'île.
La Presqu'le, 5 rue Étienne-Frachon, 07100 Annonay. Tél 04.75.33.15.54 ; www.lapresquile.frQui, aujourd'hui fête son dixième anniversaire, affichant un bilan plus que satisfaisant et une santé rayonnante. Pensez ! La Presqu'île devient officiellement Scène de Musiques ACtuelles, une SMAC ! A savoir un lieu conventionné par le Ministère de la Culture et les collectivités pour son action en direction des musiques actuelles. Sur la région Rhône-Alpes, tous les départements sont dotés d'au moins une SMAC en préfiguration ou en fonctionnement ; seule l'Ardèche ne l'était pas encore. Une SMAC à Annonay, ou plutôt un tiers de SMAC, une SMAC intelligemment partagée. Avec Cavajazz et L'Art Scène, deux autres structures associatives impliquées sur ce secteur des musiques, implantées l'une à Viviers, l'autre à Payzac. Une SMAC adaptée à la configuration particulière de l'Ardèche : son absence de points de convergences géographiques et de collectivités locales suffisamment importantes pouvant accompagner un lieu unique spécifiquement dédié et adapté aux musiques actuelles. D'où l'idée d'engager une étroite coopération entre ces trois structures afin de déployer les missions traditionnelles d'une SMAC dans une logique territoriale. Le lieu ne sera donc pas une scène unique mais « une pluralité de scènes qui devront démontrer leur capacité à remplir en commun et de façon complémentaire ces missions de diffusion, d'accompagnement à la création, de soutien à la pratique musicale, de médiation culturelle et de ressources, en affirmant clairement la relation au territoire et à ses populations ». Accueil très favorable de la part des partenaires institutionnels et convention signée en ce début 2010 : ça s'arrose ! Ça s'arrose d'autant plus que viennent, coup sur coup, deux temps forts pour La Presqu'île : les festivals Région en Scène et Pas des Poissons, des Chansons ! (lire programmation en page Rhône-Alpes). Jolies récompenses d'un travail obstiné de toute une équipe, dont beaucoup de bénévoles. Joie sans doute plus forte encore pour Serge Largeron qui, neuf ans durant, fut la cheville ouvrière de cet équipement avant de passer la main, l'année dernière, au jeune et aussi dynamique Sébastien Étienne. Serge a été appelé au service culturel d'Annonay par la nouvelle municipalité. Avec, pour la première fois, un vrai salaire, qui plus est régulier. Car, pour en arriver à la reconnaissance institutionnelle, La Presqu'île, ses salariés et ses bénévoles en ont bouffé, plus que de raison, de la vache enragée. LE TRIOMPHE, SAINT-ÉTIENNE
Débuter une rubrique sur les lieux de la chanson par un avis de décès augure mal des choses. Mais c'est ainsi. Chaque jour, dans le silence, des artistes raccrochent leur tenue de scène. Un jour on se dit « Tiens, mais au fait, que devient-il celui-là ? » puis on passe à autre chose, le spectacle continue. Il en va presque ainsi des salles… On ne sait ce que feront les villes, dans un avenir proche, quant la fameuse taxe professionnelle leur passera effectivement sous le nez, quand les promesses déçues de compensation par l'état ne feront plus pleurer que les maires qui y croyaient. Pour certaines villes ce sera vraie catastrophe, pour toutes les autres un sérieux handicap. Et quand il faut resserrer un budget, c'est d'abord sur l'inutile et le dispendieux qu'on pense : on coupe la culture sans autre forme de procès. La culture de fond, pas forcément celle qui participe à la communication.
Le Triomphe n'aura pas même l'excuse, l'honneur d'être tombé ainsi. La salle du 4 square Violette à Saint-Étienne meurt d'un choix culturel, ou d'un non-choix, jamais dit, qui, année après année, a amputé ses déjà maigres subventions jusqu'au ridicule, à l'aumône. Tant qu'Henri Garnaud, son directeur, a fait le choix de ne pas déposer de demande de subvention pour cette année. Pour s'éviter à nouveau ce qu'l tient pour humiliation. Hara-kiri et fermeture définitive en fin avril, le temps d'honorer malgré tout tous ses contrats.
Le Triomphe est une petite salle en plein centre-ville, une centaine de places, sis dans un ancien cinéma porno. Aux râles de Claudine Beccari ont un beau jour succédé les rires d'un public de café-théâtre et de chanson. Après le départ de l'Épallle-théâtre pour la ville voisine de La Ricamarie, après la mort du Dragon bleu et du Théâtre de poche, c'est le dernier café-théâtre stéphanois qui ferme ses portes. Dire qu'il y a peu Saint-Étienne postulait sans rire pour le titre envié de Capitale culturelle de l'Europe Dire que l'actuelle municipalité, sur sa profession de foi d'avant élections, se targuait, en caractères gras, de vouloir « réhabiliter le café-théâtre à Saint-Étienne ». Est-ce un loupé municipal, un manque de communication entre les deux parties, d'ubuesques embûches administratives, toujours est-il que l'annonce de la prochaine cessation d'activité du Triomphe n'a rien fait bouger. Les humoristes et chanteurs défilaient en cette salle, avec plus de 80% d'artistes issus de la Loire. Même si la chanson n'y était pas en surnombre, on y a vu Gabriel Yacoub, Isabelle Mayereau, Matthieu Côte, Le Cri du Chat, Christopher Murray, les Zourilles, les Tit'Nassels, Lalo, Monsieur Bidon et quelques autres encore. Même Dr Feelgood et le bluesman Tony Joe White. De vingt mille euros il y a quelques années, la subvention municipale a progressivement chutée. Trois mille cinq cent euros l'an passé, versée qui plus est en décembre, plus de onze mois après le début de l'exercice. A croire que les grands équipements (le Zénith, le Fil, l'Opéra-théâtre, la Comédie, la Cité du design désormais) coûtent si cher que les petits doivent disparaître. Quelque soit la couleur municipale, on ne prête vraiment qu'aux riches, à ce qui est immédiatement visible. C'est, de partout, la forme qui prime sur le fond. Pour la chanson, même si ce n'était pas le principal de la programmation, c'est encore une chance en moins dans la Loire. Et de s'étonner ensuite que la chanson soit manifestement très en retrait sur ce département. Si elle pète le feu sur Lyon, on le doit en grande partie à toutes ces (parfois toutes) petites salles qui maillent la ville. Ici, à Saint-Étienne, il n'y en a plus. Seule une MJC, celle de Beaulieu, semble poursuivre une programmation cohérente avec l'idée toujours neuve et pertinente du « socio-culturel ». Un terme de socio-culturel qui, à bien y regarder, peut s'appliquer tout autant au travail du Triomphe et qui est, ça confine au gag, le leitmotiv affiché des élus pour décrocher le gros lot : les sacro-saintes subventions ! |