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alain leprest et alexis HK

ALLAIN LEPREST



Salle des Rancy, à Lyon, le 21 janvier. Le temps qu'il embrasse les amis, réponde aux sollicitations du public, signe quelques disques et finisse un ou deux verres, rencontre avec Allain Leprest, à sa sortie de scène.


Ça fait quelle impression un tel hommage par deux fois réitéré, par ces disques collectif Chez Leprest ?

J'aurais trouvé prétentieux de le faire il y a encore une dizaine d'années même s'il y avait eu cette amorce déjà faite dans Nu, en 1998, à travers des contributions musicales d'amis comme Kent, Gilbert Laffaille ou Jacques Higelin. Il y a même eu Yves Duteil. L'idée a ensuite cheminée. J'éprouve une grande fierté, une grande émotion, de voir circuler ces chansons dans la bouche de ces artistes qui ont été, pour moi, un petit peu des déclencheurs de mon métier. Comme Adamo ou Hervé Vilard (1) dont j'entendais chanter les chansons par ma mère, quand j'étais gamin. Sans vouloir les vieillir, il y a quand même une génération, peut-être un peu plus. Et il y a ces jeunes comme Clarika, Olivia ou Amélie-les-Crayons. Et la bande à Loïc, La Rue Kétanou. Et Anne Sylvestre.

C'est comme entrer dans La Pléaïde, c'est le Charles-Cros puissance dix…

On a du mal à avoir du recul par rapport à ça ; la fierté, l'émotion que j'ai eu. Comment dire… C'est à partir, je crois, de la disparition de mes parents, il y a dix ans. De voir ce bonheur qu'ils m'ont fait partager avec leurs chansons, la chanson en général, ce passage de témoin que j'ai pris. Qu'on m'a donné aussi avec la génération qui monte, celle de mes enfants. De voir que ces chansons, finalement… Les chansons n'ont pas d'âge, pas de sexe. Ça peut paraître prétentieux mais c'est longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu, qu’'elles se transforment, qu'elles s'imbriquent. Je suis l'héritier de ; je passe quelque chose à ceux qui viennent derrière moi et je prends quelque chose à ce qui est devant moi. Il se trouve que ces chansons ont été marquées par ce que j'ai entendu dans mon passé. Parce que, finalement, la chanson en est un peu le réceptacle de mon langage, de mes inquiétudes, ça m'a suivi sans que j'ai eu besoin de me forcer. C'est la chanson qui conduit en fait, elle impose par elle-même, de manière naturelle.

Une chanson a-t-elle un propriétaire ou court-elle dans les rues et peut être reprise par tout un chacun ?

Non, c'est bien évident que je revendique mon prisme, ce qui m'a construit une vie sociale et artistique. Mes chansons ont été baignées là-dedans. Il y est question souvent de mélancolie, de nostalgie, de retour : à je botte un peu sur l'enfance en ayant un pied, je l'espère, je le veux, profondément ancré dans le quotidien, le lien social. Parce que je suis aussi un citoyen, avec les inquiétudes que tout le monde peut avoir sur ce qui va nous arriver demain. Sans que la chanson ne soit un prétexte à ça, elle s'en ressent, évidemment. Il faut toujours se méfier de la scène-tribune et de la chanson éditoriale, qui servent à caresser les choses. Il vaut mieux toujours essayer d'avoir les choses par le doute plutôt que par les certitudes, les injonctions. C'est en ce sens que la chanson m'est plus proche… paroles hésitantes, paroles fragiles…

Nous parlions d'Adamo. Ça me semble tellement évident de reprendre L'Olivier, de la part de quelqu'un qui a chanté Inch'Allah

Ce n'est pas innocent dans le choix. Quand on a bouclé cette chanson pour la Cantate avec Romain, au vu de la possibilité de la reprendre sur ce disque, je me suis dit « C'est lui, c'est Adamo ». Je me suis pris le culot de le contacter, lui qui m'a tellement marqué, depuis l'adolescence, par cette vérité, son authenticité. Je le savais généreux. Et proche de ce film-là.

C'est toi qui a fait la distribution des chansons sur ce disque ?

Pour pas mal de chansons, oui. C'était délicat aussi. Moi qui ne suit pas parolier, c'est très difficile d'habiller Amélie-les-Crayons. Encore plus Anne Sylvestre (mais c'est elle qui a choisi cette chanson-là). Parce que j'écris avec une pogne de mec. Et que c'est difficile de savoir comment va fonctionner cette réflexion d'homme. On ne souffre probablement pas de l'amour de la même manière en étant un homme qu'en étant une femme. Ce mec qui attend le train de Bordeaux, dans une gare, peut-il n'est-il pas le même que Clarika, je veux dire qu'une femme qui attend son mec. Je ne sais pas, les fragilités sont peut être les mêmes mais y'en a un qui va mouiller son mouchoir, l'autre peut-être pas. Un va boire du rouge et l'autre sortir des kleenex.

Tu ne prenais aucun risque en confiant Sarment à Anne Sylvestre, chanson créée à l'origine pour Francesca Solleville…

On ne va pas faire de psychanalyse mais, au sujet des mères, y'a tellement de choses à dire, sur cet héritage. C'est ma mère qui m'a apporté beaucoup en chanson, elle qui chantonnait toujours à la maison. Chez Francesca, il s'est avéré ces choses-là aussi.

Inversons les choses, y-a-t'il des auteurs dont tu aimerai qu'ils te proposent des chansons ?

C'est arrivé. Ce n'est pas un refus systématique de ma part, mais c'est très difficile de se mettre dans la peau d'un autre. Et je comprends bien le beau métier d'interprète. Chez Reggiani, on arrive à dire « c'est une chanson de Reggiani ». Se couler à ce point dans la peau des gens… On dit « une chanson de Francesca », « une chanson d'Yves Montand », parce qu'ils se les sont appropriées à ce point-là. Tout occupé à écrire mes textes, je n'ai pas encore pris ce temps-là. Si, il y a eu Le Petit Ivry, d'Emmanuel Lods. Je vivais à Ivry et avais envie d'écrire une chanson sur cette ville. Quand j'ai entendu celle-là, je me suis dit que ce n'était pas la peine d'en écrire : elle existe ! Ceci dit je suis sacrément attentif, sacrément jaloux des fois, de cette jalousie qui motive quant on écoute une chanson superbe d'un ami, d'un collègue. Des chansons de Stéphane Cadé, par exemple, qui m'émeuvent formidablement. Il est d'une génération qui a encore du mal terrible à s'imposer, qui est d'une telle richesse pourtant.

Plus d'une fois il m'est arrivé de dire : quand j'aurais le temps, je voudrais faire un disque avec rien que des chansons qui m'ont marquées. Comme ça a été fait par Bertin et par d'autres. Un ami traduisait ça par un mot qui me plaît : « la rive oubliée ». La rive gauche, ce sont d'extraordinaires chansons. On a appelé ça ensuite la nouvelle chanson. Peut importe la terminologie, les casiers qu'on met dessus… De ces chansons magnifiques comme C'est un bistrot de Jean Sommer, Le mec qui pleure de Bernard Haillant, des chansons de Pierron et d'autres, que j'aimerai rassembler en un album pour leur donner tout mon brillant à moi, tout mon coeur. Et d'autres comme celles de cette étoile filante qu'est Matthieu Côte, de ses chansons qu'il ne faut pas qu'elles restent endormies.

C'est surprenant, dans ton récital, de constater la place énorme de chansons qui datent un peu. Il y a vingt ans, tu aurais presque pu faire le même.

Y'avait quand même ce soir Les Tilleuls, les Banquises et quelques autres… Quant on commence à s'installer, on s'aperçoit qu'il y a des chansons qu'on n'avait pas eu la possibilité de défendre avant. Et qui n'ont pas été connues du public, un peu plus important, que j'ai aujourd'hui. J'essaye donc de leur donner leur chance. Il y a celles-ci et le fait que des chansons auxquelles je tiens et que je sais, de toutes façons, qu'on me demandera. Je suis obligé de les faire. Les nouvelles chansons, c'est difficile de les introduire au fur et à mesure. Aznavour ou Leprest, on réclame toujours les anciennes. L'artiste est souvent piégé dans cette affaire. Mais j'ai le sentiment de changer, là. Je vais entrer en résidence pour vraiment travailler à la manière d'intégrer des chansons très intéressantes. Ça urge, avant le Casino de Paris du 8 mars. C'est le gros truc, avec les artistes du deuxième album. Depuis l'Olympia de 1995, c'est vraiment le grand retour. Y'a eu le Bataclan, l'Alhambra, là le Casino. J'attends. Chaque moment c'est comme ça que je le vis ça me surprend. J'ai ni le temps d'être aigri ni celui d'être impatient.

Sur la vie de cette Cantate pour un cœur bleu

J'échappe complètement à ces productions. Sauf que j'ai été le premier lecteur quand la Cantate s'est joué, parce que Jean-Louis Trintignant était malade à l'époque. Il va mieux, tant qu'il m'a téléphoné récemment pour me demander des textes car il va remonter un spectacle sur les poètes libertaires. Il me classe avec eux, Prévert et d'autres. Il m'a fait cette émotion de me réclamer des textes.

D'autres projets après le Casino ?

Sortir, si on en a envie, un volume 3 de Chez Leprest pour clore et y mettre des gens, on ne va pas citer de noms, que j'aurais aimer qu'ils participent. Des gens qu'on aimerait bien faire connaître et des locomotives de poids pour tirer tout ça. Car je ne suis pas une locomotive et ne peux les tirer tout seul. Si je fais un disque tout seul avec mes amis pas connus, on court à l'échec.

Les problèmes de santé sont complètement éloignés ?

Oui. Les toubibs m'ont dit « Tu n'es pas guéri mais tu n'es plus malade ».

Sauvé des eaux ?

Oui.

(1) On lira la chronique du chanteur Pierre Delorme à ce sujet : http://pierredelorme.free.fr/parlonschanson.htm#28



ALEXIS HK



3 février 2010 au Théâtre des Pénitents à Montbrison. Rencontre avec Alexis HK, avant son passage sur la scène du festival Les Poly'Sons.

Avant cet entretien, nous parlions de Leprest, toi et moi. Comment s'est passé cet enregistrement pour ce disque Chante Leprest 2 ?

Ce fut quelque chose d'assez fort. Déjà que Le Temps de finir la bouteille est une chanson merveilleuse… Leprest, dont j'avais toujours entendu parler, bien avant de me mettre à vraiment l'écouter d'ailleurs, est devenu pour moi une réalité. C'est impressionnant de se retrouver ainsi, en approche avec un grand auteur, de façon aussi directe. C'est un honneur. Ça s'est très vite. J'ai eu le choix entre trois titres, celui-là s'est imposé de suite. Je ne me souviens même plus des deux autres. J'ai senti que je pouvais la faire. Ça n’aurait pas été le cas sur d'autres chansons de Leprest, qui sont parfois difficiles, personnelles aussi. Il les chante si bien lui-même. C'est d'ailleurs ça qui est intimidant. Il est là, lui, pour chanter ses chansons. Quant il le fait, c'est quand même là que c'est le plus beau !

Dans le studio du Chante Leprest, les artistes se rencontraient ?

Non, j'ai eu une séance d'un peu plus d'une matinée, dans un petit studio, avec Didier Pascalis, le manager d'Allain Leprest. On ne s'est pas posé trente-six mille questions : on a joué en guitare-voix, très simplement.

A l'opposé de ces artistes trop confidentiels comme Leprest, pas grand public en tous cas, il y a ces Victoires de la Musiques. C'est pas frustrant de n'être nominé que pour un clip ? On se doute un peu de l'alibi : c'est un catalogue d'artistes qui viennent jouer sur ton clip.

Disons que, pour moi, auteur, avoir réussi à faire un tel clip où, justement, autant de monde est venu c'est aussi une façon de dire « Voilà, je ne suis pas nominé comme meilleur artiste interprète masculin de l'année, mais, par contre, j'ai fait une chanson sur laquelle on m'a rejoint ». C'est autre chose, une autre forme de satisfaction. Parce qu'en plus, pour un clip, on n'est pas tout seul à se dire j'ai gagné, parce qu'il y a plein d'autres gens qui l'ont fait. C'est autre chose encore si on gagne, ce qui n'est pas du tout acquis. Par contre, être nominé c'est une victoire, oui. C'est une bonne chose.

Tu es d'ailleurs le seul nominé en autoproduction…

C'est sans doute le plus petit label à avoir une nomination. C'est drôle aussi. Le défi était là, être petit et pouvoir se permettre de dire bonjour aux plus grands.

Lors du tournage du clip, vu le nombre d'artistes présents, avez-vous eu ensuite l'occasion de vous voir, prendre le temps de converser, ça ne s'est pas limité juste à…

Pour la plupart un peu quand même ! Si je connaissais certains chanteurs, de façon assez proche, quasi familiale, il y en a d'autres qui m'ont intimidé en arrivant là. Voir arriver quelqu'un comme Michel Fugain, en plus sur le tournage de mon propre clip ! Et Charles Aznavour, Jean-Louis Foulquier, Yves Duteil… Ce sont des figures, des gens très importants dans la chanson. Qui sont là ! C'est quasi surréaliste. On ne les accueille pas comme un copain, du style « Merci, c'est gentil d'être venu », on est plutôt dans le bonjour et la déférence. C'est du « Je vous ai toujours entendu, et là vous êtes venu, sachez que ça me fait quelque chose, je suis content que vous soyez là et je ne sais pas comment vous le dire tellement c'est incroyable, donc ça me fait peur ».

A la sortie du clip, une fois diffusé, y a-t-il eu des retours ?

Beaucoup. Des « merci », des « bravo » ! Et j'ai remercié aussi, bien sûr. J'ai envoyé des courriers pour le dire. C'est quand même une histoire incroyable, qui s'est faite comme ça, spontanément. L'idée était là, on a eu la possibilité de la faire, on l'a fait et puis voilà. Et c'est bien.

Je me suis trompé ou c'est bien Juliette, les cheveux plaqués, gominés, dans le lot ?

C'est bien elle ! C'est une des premières à avoir dit oui : « J'arrive, et en plus je veux faire ça ». Juliette, elle est comme ça. Très beau et très intimidant à la fois…

Des réactions aussi sur cette fameuse chanson mêlant Jack (Chirac) et Nico (Sarko) ?

Bien sûr que j'en ai eu, mais pas plus que sur une autre. Pour ceux qui aiment bien mes chansons, je pense que c'est quand même sur scène que ça se passe. Quand on les chante, qu'elles sont là mais qu'autour on fait un p'tit spectacle, un truc où on les met dans un certain contexte. Je ne fait pas de fixation sur « quelle est ma meilleure chanson ? » parce qu'à la limite les chansons ne sont que des outils pour aménager un espace sonore, visuel.

Un disque, c'est quand même un contexte. Ainsi ce troisième album ne ressemble pas aux précédents…

Les disques ont tous des forces, des faiblesses. Ils se ressemblent par certains côtés, pas du tout par d'autres. J'ai conscience que c'est assez spécial et que ça en déroute certains. Faire un bon disque c'est le plus difficile, plus que de réussir à bien se donner sur scène. Faire vivre quelque chose pour l'éternité c'est dur.

Tu ne renies pas les précédents ?

Au contraire. Dans leur force et leur faiblesse, ils sont les témoins de ce que j'ai vécu. Même si on n'en a vendu que trois, un disque existe pour soi d'abord, pour dire « C'était ce moment de ma vie, je faisais cette musique-là, je chantais de cette façon-là, bien ou pas bien ». Faire chanteur, qu'on le fasse en professionnel ou pour soi, c'est avant tout un parcours personnel : on est dans un rapport avec la chanson, avec le chant, qui est personnel. Dans lequel on essaie de se réaliser. En chantant. Ou en peignant, en sculptant… Des fois ça marche, des fois non. On tente des trucs. Je fonctionne beaucoup comme ça. C'est parfois nul, parfois incroyable, pas forcément aux endroits que j'avais prévus. C'est très bizarre… C'est un métier qui m'échappe encore.

Je te range volontiers dans une subdivision de la chanson où tu me sembles à peu près seul, ce qui ne veut pas dire sans racines…

Il y a des influences de grands, quand même. Des qui, en les écoutant, vous inspirent et vous donnent envie de faire ça. Toujours les mêmes qui reviennent. Et grosse influence de Brassens, je pense. De Brel aussi, de ces gens-là. On a toujours mis Brel et Brassens l'un à côté de l'autre, alors que justement ils n'ont rien à voir, ils sont à l'opposé dans la démarche. Tellement ils ont une qualité dans leurs différences, on les a mis l'un à côte de l'autre. Une qualité de fond qui, pour le coup, confine à l'éternité. Si quelqu'un du futur tombe sur un vieux Jacques Brel, un Amsterdam, il va tomber des nues ! Ces chanteurs-là sont importants. Je fais de la chanson mais j'ai conscience d'être précédé par des gens qui sont importants. Qui, dans cet art-là, ont touché à une éternité que je suis loin de prétendre avoir. Qui ont exploré des zones que je ne prétends pas avoir, que je n'aurais peut-être jamais. Même si tu me dis que ça ne ressemble à rien d'autre, c'est quand même très influencé. Il y a des vrais maîtres.

Y compris et comme Brassens, dans des trucs moyenâgeux…

J'adore ça. Le moyen âge est source d'images extraordinaires. Il suffit de s'y plonger pour trouver des mots, des phrases bien tournées. Il y a une émanation élégante du langage qui en a inspiré plus d'un. S'il faut faire une fable avec des gens portant heaumes et hauberts, je veux bien. C'est plein de figures de style qui, aujourd'hui, font encore plus décalées. C'est anachronique et beau.

Parmi les artistes d'aujourd'hui, te sens-tu faire partie d'une famille artistique ?

Je rencontre pas mal de chanteurs et me suis jamais senti en concurrence avec eux. Si on fait tous de la chanson, on ne la fait pas de la même manière. L'intérêt c'est que chaque chanteur, dans son style, ait sa façon à lui de voir les choses. Maintenant, qu'on fasse des familles… Ils ont tous un truc spécial, à eux, à elles. Les familles se sont les influences. Qu'est-ce qui m'a poussé à faire ça ? Aux chanteurs du présent je suis simplement relié par la musique et l'amitié.

Le public est différent d'une salle l'autre ?

Pour ce que je fais, c'est spécial. C'est vraiment un public très à l'écoute. Il est silencieux, de façon presque déstabilisante parfois. J'ai envie de dire : « Bon ça va, arrêtez de m'écouter maintenant, faites quelque chose, protestez ! Ça fait douze chansons que je suis là à vous parler, vous ne me dites rien, que se passe-t-il ? » Après, certaines chansons sont plus applaudies que d'autres, marchent mieux que d'autres. C'est un public attentif, même quand il est debout.

Dans l'avenir ça risque de se raréfier, avec les problèmes budgétaires des communes, la crise…

C'est un avenir qui, effectivement, n'est pas du tout assuré. C'est pour ça qu'il faut être content quand les choses se produisent. Il faut profiter, parce qu'on sait que c'est difficile, qu'on peut tomber, qu'après il faut essayer de se relever, qu'on peut ne pas réussir à se relever. Quand on a la chance de pouvoir être accueilli et que les salles sont pleines la plupart du temps, c'est un vrai bonheur. Ce sont des choses importantes, très fortes. Ça a de la gueule ! Faire les choses bien en prenant du plaisir, voilà comment je vois la conduite de tout ça. J'ai pas grand chose de plus à dire en ce moment, je vais très bien, je n'ai pas de souffrances particulières qui me hantent à un point trop ennuyeux. J'ai un taux de bonheur que je n'ai pas envie de polluer avec des idées noires. Même si, pour être créatifs, les artistes doivent s'interdire d'être heureux, pour pouvoir avoir à souligner des choses profondes qui peuvent être douloureuses, qui peuvent faire mal. Mais en ce moment, ça ne va peut-être pas durer, car rien ne dure, je n'ai pas la force d'aller chercher ces points qui font mal. Je peux certes chanter la mort, la douleur et ce genre de choses, mais sans être trop lourd. Il faut réussir à mener sa vie en restant léger.
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