LE RABELAIS A MEYTHET
Dynamique chanson ! Elle fait un peu underground, terrée en sous-sol d’un bâtiment, au 21 route de Frangy, à Meythet, dans l’agglomération d’Annecy. Si ce n’est sommes toutes qu’une salle de 280 places – jolie salle donc, conviviale, ambiance feutrée et sièges confortables –, son importance ne semble pas se mesurer à sa seule jauge. Mais bien à ce qu’elle en fait. Et plus encore, par ce qu’elle irrigue, par la chanson qu’elle ensemence chaque année. Les gens du cru connaissent cette salle au moins par l’une de ses trois « familles artistiques » qui parsèment sa saison. Parfois par les trois. La chanson, les spectacles destinés à l’enfant et à sa famille, et l’humour sous toutes ses formes. Par le théâtre aussi, un peu. Ceux de l’extérieur, de la région même, peuvent ne voir en ce Rabelais-là qu’un pantagruel et permanent festin de chanson, un petit Mickey qui n’a pas peur des gros, une salle avec un cœur comme ça, qui partage sa passion à d’autres. Qui, une fois l’an, est le moteur d’un festival chanson gagnant sans cesse du terrain, des villes et des salles. Tant que tout le monde en veut, même hors des strictes frontières de la Communauté d’Agglomération. Annecy, on le sait, n’est pas particulièrement un territoire de la chanson mais l’inlassable et talentueux travail porte ses fruits, ce long travail mené par Laurent Boissery, directeur du Rabelais.
« Les feuilles mortes se ramassent à la pelle… », Boissery (ci-dessus en photo et nez rouge) ne l’a pas oublié. C’est en automne, quant les arbres commencent à se dégarnir à peu qu’il nous fait l’enchanté, le total enchanteur. Ça se nomme donc Attention les feuilles, florilège de la chanson d’auteur, d’une grande exigence artistique. Qui d’abord profite de l’incroyable vivier rhônalpin (Karimouche, Carmen Maria Vega, Toufo, Morice Benin, Rémo Gary, Balmino, Gérard Morel en grandes pompes, Le Quartet buccal, Koumékiam, Évelyne Gallet, Laurent Berger, Michèle Bernard, Véronique Pestel, Entre 2 Caisses…), faisant miel aussi bien de la jeune génération (Manu Galure, Maloh, Saule, Eddy (la) Gooyatsh, Presque Oui, Imbert Imbert, Manu Lods, Sophie Térol…) que d’autres artistes bien établis (Anne Sylvestre, Sarclo, Wally…). Le truc de Boissery, son dada – sur lequel il est, dit-on, très à cheval –, est d’associer vaille que vaille des publics qui ne le sont pas, des catégories sociales éloignées des choses culturelles, de les gagner à la chanson. Comme ce Comité d’entreprise de chez Dassault qui se retrouve partenaire du festival et, chaque année, remet son prix du meilleur interprète. Charlélie Couture ne l’a jamais eu, cause sans doute à son avion sans ailes ; Matthieu Côte oui. Il y a deux ans, enfants et adultes du quartier ont été associés à la conception et à la réalisation d’une fresque monumentale. Chacun a peint son personnage, son instrument. Un artiste donnait le la de cette fabuleuse partition graphique. L’œuvre (photo ci-dessous) défiera le temps. Des publics que Le Rabelais vient chercher là où ils sont, dans la rue même, entre deux étals sur le marché, aubades entre tomes de Savoie, courgettes et poivrons, chanson qui n’ont rien d’alimentaires mais se dégustent à tous moments. Dans les bars aussi, à l’heure des discussions à l’apéro, additionnant aux verres les vers, réinjectant le juste nécessaire d’indispensable poésie. Le Rabelais c’est ça, une salle certes mais aussi un espace beaucoup plus grand, beaucoup plus large, dont on pousse les murs chaque jour plus loin encore. Pour y faire place au spectacle vivant, à la chanson de paroles.
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