
Sarclo, Renaud, Renan Luce et moi…
Si j’ai bien révisé mon « Petit Dorémus illustré, il y a trois personnes importantes dans ton parcours : Sarcloret, Renaud et Renan Luce. Une famille déjà très resserrée… Ce sont trois piliers dans mon histoire, c’est vrai ; trois personnes que j’ai rencontré au même moment, à trois mois d’intervalle, il y a cinq ans, dans des circonstances à chaque fois différentes. Ce sont des amitiés qui durent encore aujourd’hui… Sarclo, ça s’est passé comment ? Après avoir joué dans des bars parisiens durant deux ans, j’ai commencé à jouer hors de la Capitale. Mes premières sorties extra-muros c’était
pour aller jouer en Suisse, à l’invitation de Sarclo, que j’avais rencontré à Paris, avant de poursuivre par mails. Il m’a proposé de venir, chez lui, à la cool. Ça a commencé par une série de concerts avec lui, il y a cinq ans. J’étais tout content, j’ai fait ses premières parties, en Suisse. Sarclo a été responsable de ma rencontre avec Renaud. Très vite, il a compris l’importance qu’avait Renaud pour moi, son influence sur mon écriture, et m’a dit : « Ce serait bien que vous vous rencontriez. » Et il a monté ce petit plan que tu connais : il a déniché une jolie guitare de collection et, Renaud étant intéressé pour l’acheter, Sarclo lui a dit « Je t’envoie un copain à moi pour te l’apporter. » C’est plutôt une très belle courte échelle de la part de Sarclo, c’est très généreux. Et puis il l’a fait bien, avec intelligence, au bon moment. Après, je pense que je suis tombé au bon moment pour Renaud : il était curieux, il écoutait plein de choses, je suis tombé un bon jour, ma bonne étoile brillait ce jour-là.
Il est toujours aussi curieux, Renaud… Oui, bien sûr. Je veux dire par là que c’était vraiment le bon moment. C’est marrant, il y a plein de choses croisées. Sarclo qui a fait un bon bout de temps, en 1995, la première partie de Renaud, toi qui fait celle de Sarclo puis, un long moment, celle de Renan Luce. Renan Luce, longtemps première partie de Bénabar, est désormais le gendre de Renaud, car mari de Lolita… Au fait, toi, t’es arrivé comment dans la chanson ? C’est l’envie d’écrire… Au CP, j’écrivais des poèmes que mon papa faisait imprimer. Si petit, je ne sais pas ce que ça a enclenché. En grandissant, je voulais que mon futur métier tourne autour de l’écriture. Je me suis rêvé romancier mais c’était pas mon mode d’expression vraiment. Remarques, c’est pas perdu… c’est quelque chose qui vient plus tard. J’ai écrit un roman à vingt ans juste pour voir si j’en étais capable : je suis allé au bout mais je lève les bras au ciel à chaque fois que je le relis. Tout ça pour dire que je voulais écrire, je me suis essayé aussi aux dialogues de cinéma… Mais quand j’ai commencé çà faire des chansons, là j’ai compris que j’étais beaucoup plus à l’aise avec les rimes, avec la guitare, avec les mots. C’était un format, dans le bon sens du terme, qui m’allait bien pour m’exprimer. Mes premières chansons avec rimes et refrains, je devais avoir douze ans. Mes premières vraies chansons d’adulte, c’est à dix-neuf ou vingt ans. Ce sont celles dont je ne rougis pas aujourd’hui. Au moins sur les deux premiers albums… Le premier album c’est une maquette, avec un budget sous le niveau de la mer, même pas cinquante euros, c’est rien, c’est un jack planté dans un ordinateur. Si j’avais su que cette maquette aurait cette destinée, ce parcours, bien que modeste elle a beaucoup tourné, j’aurais voulu que ce soit plus soigné. Ma collègue Stéphanie Thonnet, de Chorus, ça lui a plu… Ah oui ! Un des premiers papiers que j’ai eu, ça, Chorus. C’est ce disque-là qui a enthousiasmé Renaud, aussi. Ces deux premiers albums ont quand même vachement l’empreinte Renaud… Moins maintenant, je trouve… Oui, j’ai beaucoup travaillé, le chant notamment. J’ai jamais rougi de l’importance qu’avait Renaud pour moi, je m’en suis même plutôt enorgueilli quand on ne comparait à lui, parce qu’après tout on se nourrit de ses influences et, tant qu’à faire, Renaud c’est pas honteux. Mais j’étais vexé qu’on ne me dise pas aussi souvent Souchon ou Gainsbourg parce qu’après tout je les ai énormément écouté aussi. J’ai compris que ce nouvel album qu’il fallait se démarquer. C’était pas réfléchi mais j’ai, pour la première fois, pris des cours de chant et j’étais plus à l’aise. Comment on se démarque ? Parce qu’il y a quand même une matrice, une façon d’amener les mots, de les choisir qui est, à un moment donné, très Renaud. Alors que, maintenant, on le sent moins… Je ne sais pas comment l’expliquer. C’est peut-être une histoire de champ lexical, d’intonation, je ne sais pas. Le premier album m’est venu naturellement, le second aussi. J’ai l’impression que ça évolue, mais pour moi c’est difficile de l’analyser de l’intérieur. On me fait souvent remarquer l’évolution entre ces deux albums et ça me surprend toujours. J’ai l’impression d’un fondu enchaîné, d’une logique. En tous cas, je m’écoute et vais dans ce sens-là. Peut-être que ce sont les propos qui sont un peu moins revendicatifs dans le deuxième, je ne sais pas. C’est beaucoup plus doux… Oui, il y a beaucoup plus de douceur, c’est vrai. C’est une volonté de l’auteur que je suis d’aborder des thèmes… Y’a quand même des thèmes durs, mais plus de douceur dans la forme. Le premier album était très écorché, très autobiographique comme peuvent l’être les premiers romans. Ça a ses qualités et ses défauts, là je voulais élargir un peu mon écriture. Quand on signe chez un grand label, EMI, y’a des conditions, des attentes de leur part… J’ai toujours eu une liberté presque totale. Après, j’ai la chance de travailler avec des gens à qui je fais confiance, directeurs artistiques et toute l’équipe. Il y a des échanges. Je n’ai pas eu de profonds désaccords ; eux, c’est une industrie et ils attendent que je vende des disques. C’est le retour sur investissement… Oui, mais en tous cas ils ne le font pas ressentir, ils ne mettent pas la pression sur les artistes pour ça. On voit bien quand ça marche bien ou moins bien. Là, c’est vraiment à taille humaine. EMI, Warner ou Universal, ce sont des PME, y’a trente personnes avec des stagiaires. Ce sont des petites équipes. Ils ont certes pignon sur rue et grande notoriété, mais c’est artisanal. Certes ils ont plus d’entrées, il sont une force de frappe au niveau des médias… Tout ça pour dire qu’il n’y a pas de grands méchants loups, pas du tout. Quand on fait la première partie de Renan Luce, qu’on a des Zéniths bondés devant soi, ça fait quelle impression, comment peut-on bénéficier d’une telle opportunité ? Y’a que du bon à prendre. Dans la mesure où je n’avais pas eu souvent l’occasion de chanter seul en guitare-voix, ça m’a fait m’affirmer. Quand on est seul devant un Zénith, faut y aller ! Curieusement j’aime bien ça, ça ne me faisait pas peur. Le trac c’est autre chose, on ne s’en défait pas, mais j’avais pas peur. J’avais juste la crainte que les gens n’aiment pas mes nouvelles chansons, qui n’étaient pas encore sorties. En plus, Renan, c’était être sur la route avec un copain, c’est aussi une petite PME, une bande de dix personnes.
Comment a-t-on des retours, là ? Une fois le spectacle terminé, les vigiles repoussent tout le monde dehors… Si, c’est ça que j’ai admiré chez Renan ; Même dans les Zéniths, il continuait d’aller voir son public. Et moi aussi, à la rencontre des gens, signer, prendre des photos… C’est comme ça que j’ai eu des retours. Et ça dépend des vigiles. Ça crée l’amorce d’un fan-club ? Oui, y’a un relais maintenant sur Facebook, en temps réel. Ce qui est rigolo, c’est qu’il n’y a plus une ville dans laquelle je joue où je ne reconnais pas un spectateur, une fan, quelqu’un… C’est là qu’on se dit qu’on a quelques heures de vol. On te proposerait des textes tout faits. Si Renaud, qui ne chante plus, qui ne sait plus écrire pour l’instant, te propose des textes, tu les acceptes ? Ah oui. Il y a des gens pour qui je dis oui les yeux fermés. Renaud en fait partie. J’adorerais. Interpréter les chansons des autres, ça fait aussi partie du boulot. Ça me plairait.
|