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Saint-Victor-sur-Loire, 18 mars 2011, Le plafond est bas et le chanteur de grande taille. Nous sommes au château de Saint-Victor, dans les gorges de la Loire, et l’artiste sur scène est Laurent Berger. Avec, cette fois-ci, l’accompagnement complice de Nathalie Fortin au piano. Nous savons tout de Berger, de cette voix aux autres différente, ce petit défaut qui rend son timbre si particulier. Et attachant. De son inspiration, du soucis de ses textes, de ses rimes. Je crois que chaque fois qu’on s’en va l’applaudir, on s’attend à pareil déroulement qui nous berce et nous rassure, ce rythme scandé et précis, comme un sage métronome, de « La librairie du Pas pressé », cette passion violente de « J’ai fait des bleus sur ta peau blanche / A coups de baisers violents / L’amour est un champ de pervenches / Vas voir tes autres amants… » Là ce soir, ce n’est pas tout à fait pareil. Ce n’est ni le lieu ni rien d’autre, non, simplement le répertoire qui perd ses habitudes, nous sert du Berger certes, mais de l’inédit, du pas encore entendu. « Je me ferais marin sans esquif / qui apprivoise vents et marées… », nous partons en traversée, en des eaux que nous ne savons pas. Toutes dressées, nos oreilles n’ont pas encore dompté ces mots. Le plaisir est nouveau. Qui chaque fois, à chaque chanson, nous interpelle. Berger chante l’amour et ses bergères, ceux anciens « du temps d’avant les houles / quand au milieu des foules / nous n’étions bien qu’à deux. » Des amours en fuite : « je reste à l’affût d’amours de toutes sortes. » Le chant de Laurent Berger est quasi hypnotique, qui fouille l’amour en se recoins ; son art est alambic, qui distille le talent : « Offense est faite à ton sein clair / que je frôle dans un éclair / d’un regard fuyant vers le bas / j’ose pas. » Il est en autosuffisance presque, à la guitare ; le clavier de Fortin est en surcroît, en grand luxe, qui surligne mots et émotions, en des touches sensibles, malignes, amies. La promesse de tout un album se profile en ce récital, son quatrième qui, comme les autres, prendra le temps de mûrir, de se peaufiner, de se fruiter. Berger est simplement venu nous voir ; nous sommes allé à sa rencontre (« Aller voir / juste en bas de chez soi / il suffit d’une fois »). Nous fourbis de notre écoute, lui paré de ses mots. De ses amis aussi, Cesare Pavese, Léo Ferré (« Sur la scène ») ou Gaston Couté. Et Brel, en douce filigrane. Une soirée passée avec Laurent Berger est toujours un grand moment d’intimité (photo d’archives – Jacques Charreton) |