Où est donc la différence ? Mon ami Serge Llado, qui œuvre utilement chez Ruquier, sur Europe 1, y décortiquant plagiats et autres singularités de la chanson, ne m'en voudra pas : hors les cédés à profusion que ma factrice m'apporte chaque matin, je n'écoute vraiment qu'Inter, du café du matin à l'infusion du soir, en live comme en podcasts, en cachets comme en suppos. Et, à part certaines émissions qui ont leur programmation en propre, je peste régulièrement contre les choix musicaux, à mon sens contestables, de France-Inter. Contestables non par la qualité (tout n'est pas ma tasse de thé, ce qui est Hardy n'est pas osé, mais qu'importe) mais par l'absence de... variété. Non des sirupeuses variétés dont nous sommes là à l'abri. Mais du manque volontaire de vision sur ce qu'est la chanson, dans sa diversité, dans sa réalité. Du bannissement de nombre d'artistes de ces ondes nationales. Pourquoi ? Pourquoi les Allain Leprest, Christian Paccoud, Michèle Bernard, Anne Sylvestre, Xavier Lacouture, Romain Dudek, Rémo Gary, Gilbert Laffaille, Nicolas Bacchus, Entre 2 Caisses, Véronique Pestel, Tibert et autres (je peux en citer pas mal, je suis intarissable sur la question) n'y sont jamais? Faut-il enfin mourir, comme le fit Ferrat, pour émarger un tant soit peu sur leur grille ? Et encore...Le directeur d'Inter, Philippe Val, fut, il y a peu encore, lui-même chanteur. Après le célèbre et grinçant duo qu'il fit, vingt-cinq ans durant, avec son compère et complice Patrick Font, il mena une intéressante et sensible carrière solo... à l'ombre des médias (et de Charlie-Hebdo, dont il était rédac'chef et éditorialiste ; et de France-Inter, où il faisait des chroniques) pour qui l'artiste qu'il fut n'existait définitivement pas. On aurait pu rêver qu'un jour, un chansonnier, un chanteur arrivant à la tête de France-Inter, allait enfin rectifier l'injustice, le mépris constant envers ces innombrables artistes « oubliés » de cette radio publique, dont l'actionnaire principal (faut-il le rappeler?) n'est autre que le peuple. Que, ayant connu lui-même cette mise à l'index, cette censure de fait, il allait enfin rendre justice à tous ces artistes-là, ses frères baladins. Que nenni ! Val serait-il trop occupé avec son humoriste du matin, trop marri d'être en permanence ai-guillon-né, qu'il en aurait oublié une grande part de son histoire personnelle ? Peut-on se renier à ce point? Hé, Philippe, réveille-toi, souviens-toi ! Si aucune radio, aucune télé ne les diffusent, comment saura-t-on un jour que ces artistes existent ? S'ils n'avaient pas eu en leur temps accès aux médias, saurait-on seulement le talent des Brel, Brassens, Barbara, Leclerc ? Des Souchon, Cabrel et de bien d'autres encore?Les programmateurs d'Inter se terrent dans leur bonne foi, dans leurs certitudes. Ils écoutent des disques toute la journée, disent-ils... Ah bon ? Pour au final retrouver les mêmes, souvent assortis de « partenariats ». Que diantre, partenariez aussi avec Anne Sylvestre, elle en serait ravie ! Pacsez-vous avec aussi avec Christian Paccoud, il en a la droit. Mais, dans les médias comme ailleurs, on n'a qu'un seul mot à la bouche : l'émergence. Ah ! dépuceler le talent... Comme ces programmateurs de festivals qui ne daignent cueillir les roses qu'en boutons (au moment tout de même de leur signature chez un label d'importance, y sont pas fous !) puis les laissent mourir hors de l'eau. Car on a le devoir d'être toujours jeune en ce milieu, une ride et c'est la mort assurée ! Exit les Laffaille et les Joyet, les Chanson plus bifluorée et les Michèle Bernard, les Claudio Zaretti et les Lulu Borgia. Même les jeunes femmes d'Évasion sont trop vieilles à leur goût. Et pas tendance... Exit donc, sauf pour quelques objets cultes, des incongrus, des Hardy des Fontaine. Des exceptions qui ne font pas, ne font plus règles. C'est fou de penser que pléthore d'artistes n'ont plus, peu ou prou, que des blogs et webzines pour les défendre en cet hostile et glauque milieu des médias. Raison de plus pour que Thou Chant existe. A titre d'exemple, voici la play-liste de France-Inter en cette mi-avril. On constatera l'audace. On remarquera surtout les labels discographiques: Inter ne va pas défricher la chanson ailleurs que dans cette sphère étroite, ne va pas faire ses courses chez le petit producteur, chez le marchand bio. Inter fait là où on lui dit de faire, pas ailleurs. -M- (Barclay) Alain Bashung (Barclay) Arnaud Fleurent-Didier (Columbia) Arno (Naïve) Bazbaz (Sakifo Records) Ben Mazué (Bencorp) Benjamin Biolay (Naïve) Brune (3ème Bureau) Da Silva (Tôt ou Tard) Dominique A (Cinq/7) Eddy (la) Gooyatsh (Wagram) Eiffel (Pias) François Morel (Polydor) Françoise Hardy (Virgin) Féfé ( Polydor / Universal) Féloche (Naïve) Gaëtan Roussel (Barclay) Gérald de Palmas (AZ) JP Nataf (Tôt ou Tard) Jacques Higelin (EMI) Jean-Louis Murat (Polydor) Jeanne Cherhal (Barclay) Jim Murple Memorial (Anticraft) Karimouche (Atmosphériques) La Caravane Passe & Rachid Taha (Makasound) La Maison Tellier (Wagram) Luke (Epic/Jive) Madjo (Mercury) Mickey 3d (Moumkine music/Virgin) Mustang (Epic/Jive) Olivia Ruiz (Polydor) Oxmo Puccino (Cinq/7) Renan Luce (Barclay) Rocé (Big Cheese Record) Tété (Epic/Jive) Verone (Talitres) Ysaé & Anis (Believe) Nous vous la présentions dans le numéro 2 de thouchant une interview qui reste bien dans le ton !!!
L’entretien avec Jean Ferrat a été réalisé pour la préparation du débat sur la chanson du 10 mai 2002 à A Thou Bout d’Chant. (Propos recueillis par Frédérique Gagnol, Marc David & Philippe Viallard le 30 avril 2002 à Antraigues) |