|
JEAN-LOUIS DIAS, INGÉNIEUR DU SON |
Le son pour métier, leçon de vie
On le surprend ce midi-là à mixer un disque de bourrées auvergnates. La veille nous aurions été dans le rock le plus métal qui soit. Ici c'est la musique dans tous ses états, en toutes ses subdivisions. Jean-Louis Dias aura 57 ans au retour des congés d'été. D'origine andalouse, il est né en Algérie, comme beaucoup d'autres espagnols dont les parents ont fui les amabilités de Franco. Il est lyonnais depuis 1956 et, du plus loin qu'il puisse se retourner, a toujours évolué dans le milieu de la musique. D'abord comme guitariste, vite devenu professionnel. Comme compositeur aussi, pour des groupes certes, également pour le théâtre et le cinéma. Bien entendu qu'il fréquente ainsi les studios sans savoir, au moins au début, qu'il en fera son métier pour très, très longtemps. Mais « ça a été une obligation pour moi de me mêler aux résultats obtenus, de donner de l'intelligence et de l'importance à la création musicale ». D'emblée on a envie de lui poser la question : « Alors combien ? » Combien de quoi ? Combien d'albums ? Pas loin de mille, peut-être plus. Mille à mixer les boutons sur sa console, à aider autant que faire se peut à la genèse, à la naissance. Son métier est celui d'ingénieur du son. « Ingénieur, c'est un peu un excès de langage, ça suppose un très haut technicien, un physicien presque. Appliqué à cette profession, il s'agit plutôt de matière artistique » dit Jean-Louis avec sagesse. S'il est un métier témoin des tocades musicales, des modes, c'est bien le sien. Ah, le folk lyonnais dans le milieu des années soixante-dix, le rock alors plus marqué que maintenant, le synthé des années soixante-dix, l'asservissement à la machine... Et cette chanson qui ressurgit comme eau de source.
Le studio Abao-bé existe depuis vingt-deux ans. Auparavant, Jean-Louis dirigeait un autre, à Montluel. Abao-bé fait 57 m2, 3 cabines de prise de son, une régie. Ses clients forment un spectre musical étendu : folklore, rock, chanson pour enfants (notamment avec les éditions Lugdivine), classes de musiques actuelles du Conservatoire même, par le passé, un grand ensemble créatique de pas loin de 250 musiciens (à l'extérieur du studio toutefois). Même le message anti-terroriste des pompiers du Rhône s'est fait ici : c'est dire le registre. N&Sk, les Becs bien Zen, Évelyne Gallet, Frédéric Bobin, bientôt Noah Lagoutte, tous connaissent l'adresse du studio tant il est vrai que, dans un certain cercle, tous s'échangent les bonnes adresses. La concurrence est rude et le métier vit chacun de son côté, égoïste et nombriliste, à se protéger de l'autre au lieu de se fédérer, de mutualiser les moyens. Du reste, quel métier ? Les vrais studios, une quinzaine à tout compter sur l'agglomération lyonnaise ; et une foultitude d'autres studios, des tonnes de home studio, chacun s'équipant peu ou prou. Ça et la crise, le travail se raréfie. Comme le reste de la chaîne musicale, y'a pas de secret. Dias travaille avec du matériel analogique sur support numérique : « J'ai investi beaucoup, de façon très onéreuse, sur un matériel qui tient le choc. Il n'y a vraiment que l'informatique et la fixation sur un support qui changent beaucoup. Le reste du matériel, tables comme micros, c'est fiable » En dehors de sa société, Jean-Louis possède aussi une petite boîte de production, qu'il désire céder petit à petit. A son actif pas mal de galettes laser, dont le Libre service de N&Sk, le Coton de Vincent Gaffet, le ragga métal de Troïdes Priamus Hecuba, Les Becs bien Zen et pas mal d'autres encore... Quand on passe de huit à dix heures par jour dans le son, s'engouffre-t-on dans les salles dès la nuit venue ? Jean-Louis sourit et répond : « J'ai vu des milliers de concerts dans ma vie. Je vais toujours en voir, mais rarement. Au sortir du studio, j'ai besoin d'autre chose. » De quoi ? « Du silence ! »
Le studio d'enregistrement 22 Rue de Flesselles 69001 Lyon ; tél. 04 72 98 26 36 : http://www.myspace.com/abaobe La maison de production : http://www.aza-id.com/
haut de page |
|